ИСКУССТВО | 7 июня 2010 | Georges Nivat |

Depuis deux semaines il était dans la chambre du rez de jardin, en ce haut fortin lumineux qu’était sa maison de bois de Pérédelkino. J’y était allé plusieurs fois depuis Bakovka, où j’avais loué une véranda à deux kolkhoziens, deux petits vieux édentés, à côté de la datcha d’ Olga Vsevolodovna Ivinskaya. Je connaissais par cœur le chemin ; les voies sablonneuses qui paressaient entre les palissades déglinguées, le talus qui dévalait vers le pont primitif sur l’étang d’Izmalkovo, la petite montée par le bois, la Maison de repos des écrivains, où plus tard je rendrai visite à Bakhtine, la vue des champs jusqu’à l’église d’été du patriarche, la route à gauche vers la maison du de l’écrivain Vsevolof Ivanov, et vers celle de Pasternak, à côté. J’étais du côté de sa vie non-officielle, le côté d’Olga Ivinskaya, le côté de Larissa Fiodorovna dans le roman Le Docteur Jivago . Larissa généreuse, malmenée par la vie, sauvée par l’amour, la Larissa du second séjour de Jivago à Varykino, c’était elle, Olga. Boris Leonidovitch, n’était pas autrement désigné que « le Classique » dans la famille d’Olga Ivinskaya (Olga, la mère, Irina et Mitia, les enfants, Maria Nikolaïevna, la grand-mère). Il m’avait rendu visite plusieurs fois quand j’étais seul dans la datcha d’Olga Vsevolodovna, il m’avait parlé de la honte, de la peur, des monologues au théâtre, de Shakespeare, plus réel que la vie quotidienne. J’étais trop jeune pour me rendre compte de l’honneur insigne qui m’était ainsi échu…
Georges Nivat, Борис Пастернак, Переделкино, Доктор Живаго